La lettre du Vigneron

En 1990, mon père  âgé de 62 ans prend sa retraite.

Je réalise mon installation

en tant que jeune agriculteur abandonnant mon statut d’aide familial.

Les aides accordées plus un prêt bancaire  me permettent de financer une nouvelle

plantation de 3 hectares 45 ares ainsi que l’achat de nouveau matériel.

La récolte 1990 est exceptionnelle tant par sa qualité que par sa quantité.

Nous pouvons dès lors envisager de laisser le fermage sur les vignes d’Andillac.

Mon père quoi qu’étant à la retraite continue à assurer les marchés qui se sont

beaucoup développés.

1991 a été une année noire pour une majorité de vignerons en France.

Les 20 et 21 avril, les températures ont chuté pour atteindre à l’aube -4°C.

Les pousses des vignes atteignant, pour les plus en avance, les 15 centimètres, 

ont été entièrement détruites; Les rangs de vigne qui déjà soulignaient les coteaux 

de leur tendre vert se sont retrouvé noircis avec pour seuls témoins leurs pousses

recroquevillées complètement désséchées.

La veille de ce cataclysme, nous plantions une parcelle de Len de Lel sur la route de Vaour (1ha40)

Ce n’est qu’en 1995 que le programme de plantations a été poursuivi.

Rude coup pour le moral et la trésorerie de l’exploitation, mais heureusement est arrivé le millésime 1992

chargé d’espoir de revanche : belle sortie de grappes au printemps. Super !

Puis pendant trois semaines du 15 mai au 20 juin de la pluie avec des orages violents (+ de 200 mm sur Senouillac

la plaine de Gaillac est inondée). Le mildiou se déclare : impossibilité d’entrer dans les vignes avec les tracteurs,

là c’est vraiment « la Merde ».

Au bout de 20 jours, on a eu recours au traitement par hélicoptère.

 Son arrivée a coïncidé avec le retour du soleil. Ouf !

Au terme de la saison, nous itoujours pour la fin; Après un mois d’août et une première quinzaine de septembre secs,

les vendanges débutent le 19 septembre. Vers la fin de la soirée, une formation orageuse se développe

sur Gaillac et contre toute attente progresse vers nous rapidement.

Nous plions bagage, l’orage se déchaîne, en moins d’une heure les sols reçoivent 50 litres d’eau par m2.

Les jours suivants, nous attendons que les sols se ressuient; Les matins sont brumeux, la terre ne sèche pas vite.

Hélas, pour nous, cinq jours après la météo se dégrade à nouveau, la pourriture grise attaque la récolte.

Après cette semaine pluvieuse, les sols sont détrempés et moins de 10 % de la récolte est dans les chais et

toujours de la pluie.

A ce moment, nous réalisons que nous risquons de perdre la récolte, nous tentons une sortie avec la machine

à vendanger. C’est l’échec, la terre bloque rapidement la tête de récolte.

De retour à l’atelier, je modifie les racleurs de terre des roues, on prend aussi une tronçonneuse pour se dégager

des piquets quand on ne peut plus reculer après une bonne glissade.

Le vignoble de CAMPAGNAC est très pentu avec des talus importants

en fonds de coteaux. Les machines glissent, c’est très dangereux. Les raisins sont gorgés d’ea

et à moitié pourris, il continue de pleuvoir.

En 1992, 4 ha de vignes sont récoltés à la main sous la pluie, avec une équipe très courageuse.

On parle peu et sous le gros des averses, on fait comme les canards : on tend le cou vivement ce soir !

Les derniers raisins ramassés sont gris ! Une partie de ces vins seront distillés car impropres à la consommation

De nombreux champs de maïs et de tournesol sont restés sur  pied sans pouvoir être récoltés eux aussi. 

Après ces quelques pages, vous comprendrez que pour le vigneron, le vin est plus qu’une boisson,

c’est une aventure humaine, le fruit de l’union de la Terre avec les Hommes et Femmes qui la cultivent

Qu’il soit Grand ou Petit, respectez le VIN !

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